Capacité, appétit, tolérance et limites sont quatre notions distinctes, et la plupart des dispositifs emploient deux de ces mots pour les quatre idées. Ce que chacune signifie, laquelle vient en premier, et pourquoi l’ordre inversé laisse une déclaration avec des chiffres que personne ne peut défendre.
En bref
- Quatre termes, dans un ordre fixe : la capacité est ce que l’établissement pourrait absorber, l’appétit ce qu’il choisit de prendre, la tolérance l’ampleur du mouvement admis avant d’agir, et les limites ce que chaque unité est autorisée à faire.
- Cet ordre n’est pas une préférence de nomenclature. Chaque terme se déduit du précédent : un dispositif qui commence ailleurs qu’à la capacité produit des seuils sans origine.
- L’appétit et la tolérance répondent à des questions différentes. L’appétit est une décision sur l’avenir prise au calme ; la tolérance est une décision sur l’ampleur du mouvement admissible avant que quelqu’un doive agir.
- L’erreur pratique la plus fréquente consiste à prendre le recueil de limites pour le dispositif d’appétit. Les limites précèdent généralement la déclaration, ont été fixées pour des raisons opérationnelles, et totalisent un montant que personne n’a jamais comparé à la capacité.
- Il vaut la peine de distinguer les quatre termes, car chacun a un propriétaire, un cycle de révision et une réponse au franchissement différents.
Sur cette page
Appétit et tolérance au risque sont employés indifféremment dans la plupart des établissements, et cette confusion n’est pas un problème de vocabulaire. C’est la raison pour laquelle les déclarations d’appétit contiennent des chiffres dont personne ne sait expliquer l’origine.
Quatre termes, et non deux#
Il y a ici quatre idées distinctes, et la plupart des dispositifs ne disposent que de deux mots pour les nommer.
- **La capacité** — le maximum qu’un établissement pourrait absorber avant de franchir un minimum réglementaire ou de perdre la capacité de se financer. C’est une propriété du bilan, non un choix, et elle évolue avec le capital, la liquidité ou le profil de risque.
- **L’appétit** — le niveau et la nature des risques que l’établissement choisit de prendre au service de sa stratégie. C’est une décision, prise par le conseil, et elle se situe à l’intérieur de la capacité avec une marge délibérée.
- **La tolérance** — l’ampleur de l’écart admis entre une mesure et l’appétit avant que quelqu’un doive agir. C’est la bande de fonctionnement autour du niveau choisi, et elle existe parce que les positions bougent pour des raisons que personne n’a décidées.
- **Les limites** — ce qu’une ligne d’activité, un portefeuille ou un desk est autorisé à faire. Les limites sont les instruments par lesquels l’appétit atteint ceux qui prennent le risque, et ce sont les seules des quatre que l’on enfreigne dans le cours normal des affaires.
Pourquoi l’ordre compte#
La séquence ci-dessus n’est pas une préférence de nomenclature. Chaque terme se déduit du précédent, ce qui donne à chaque chiffre du dispositif un lieu d’origine.
La capacité se calcule. L’appétit se choisit à l’intérieur, et l’écart entre les deux constitue le coussin déclaré du conseil contre l’erreur. La tolérance se fixe autour de l’appétit, assez large pour qu’un mouvement ordinaire ne déclenche pas une réunion, assez étroite pour qu’une dérive réelle le fasse. Les limites se découpent ensuite dans l’appétit et se distribuent — moment où la somme des parties doit être rapprochée du tout.
Un dispositif qui commence ailleurs produit des seuils sans origine. Le point de départ habituel est le recueil de limites existant, parce qu’il est déjà là et déjà validé, et il en résulte une déclaration d’appétit rétro-conçue à partir de décisions prises il y a des années pour des raisons opérationnelles.
Chaque terme se déduit du précédent, et c’est ce qui donne à chaque chiffre du dispositif un lieu d’origine.
L’appétit et la tolérance répondent à des questions différentes#
Les deux termes les plus souvent confondus sont ceux dont la finalité diffère le plus.
L’appétit répond à une question prospective posée au calme : compte tenu de cette stratégie, quel niveau de ce risque voulons-nous porter dans un an. C’est une décision de positionnement, elle appartient au conseil, et elle se réexamine au rythme du cycle stratégique.
La tolérance répond à une question opérationnelle posée en continu : la mesure a bougé, quelqu’un doit-il déjà y remédier. Elle appartient à la direction, se réexamine quand la volatilité ou le bilan change, et rend le reporting exploitable — une mesure dotée d’un niveau d’appétit mais sans bande de tolérance produit un rapport qui énonce le chiffre, et un rapport qui énonce le chiffre n’est pas un instrument de pilotage.
Là où cela dérape#
Trois confusions entre ces termes font de réels dégâts, et chacune a un symptôme reconnaissable.
- **Le recueil de limites tient lieu de dispositif d’appétit.** Les limites précèdent la déclaration et ont été fixées pour des raisons opérationnelles — la taille d’un desk, la contrainte d’un système, une négociation ancienne. Additionnées, elles décrivent le risque que l’établissement a autorisé plutôt que celui qu’il a choisi, et les deux n’ont généralement jamais été rapprochés.
- **La tolérance sert de second appétit, plus souple.** Une mesure reçoit un niveau d’appétit et un niveau de tolérance, tous deux reportés, aucun assorti d’une conséquence explicite, et l’effet pratique est que franchir le premier ne signifie rien puisque le second existe.
- **La capacité n’est jamais calculée.** L’appétit se fixe directement par comparaison avec les pairs ou avec les chiffres de l’an dernier, et la question à laquelle le dispositif est censé répondre — que pourrions-nous absorber si cela tournait mal — ne trouve de réponse nulle part dans le document.
La troisième est la plus lourde de conséquences et la plus facile à manquer, car un dispositif peut sembler complet sans elle. Tout l’aval est cohérent en interne ; il n’est simplement ancré à rien.
À quoi ressemble un bon dispositif#
Dans un dispositif où les quatre termes sont réellement distincts, chacun a son propriétaire, son cycle de révision et sa réponse au franchissement.
- La capacité est recalculée quand le capital, la liquidité ou le profil de risque bougent, et elle est portée là où le travail d’évaluation du capital et de la liquidité se trouve déjà.
- L’appétit est réexaminé au rythme du cycle stratégique et porté par le conseil, avec une marge à la capacité énoncée plutôt que sous-entendue.
- La tolérance est revue quand la volatilité change, portée par la direction, et son franchissement déclenche une action avec un propriétaire nommé et une échéance.
- Les limites sont revues en continu, portées par les métiers, et rapprochées vers le haut — la somme de ce qui a été distribué est comparée à l’appétit, et l’écart est expliqué.
Ce rapprochement ascendant est l’épreuve que la plupart des dispositifs n’ont jamais menée, et elle est peu coûteuse. Additionner les limites et comparer le total à l’appétit qu’elles sont censées exprimer.
Que faire ensuite#
Prendre un risque significatif et inscrire les quatre chiffres sur une seule page : capacité, appétit, tolérance et somme des limites distribuées. Puis se demander d’où vient chacun et qui le porte.
La plupart des établissements constatent que deux des quatre n’ont pas de déduction et qu’un n’a pas de propriétaire. Cette page constitue un diagnostic plus utile qu’une revue de la formulation de la déclaration, et elle se produit en un après-midi pour le risque qui compte le plus.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre appétit pour le risque et tolérance au risque ?
L’appétit pour le risque est le niveau et la nature des risques qu’un établissement choisit de prendre au service de sa stratégie — une décision de positionnement prospective, prise par le conseil au calme et réexaminée au rythme du cycle stratégique. La tolérance au risque est l’ampleur de l’écart admis entre une mesure et ce niveau choisi avant que quelqu’un doive agir — une bande de fonctionnement autour de l’appétit, portée par la direction, revue quand la volatilité ou le bilan change. L’appétit répond à la question du niveau de risque souhaité dans un an ; la tolérance répond à celle de savoir si le mouvement qui vient de se produire appelle déjà une action. Une mesure dotée d’un niveau d’appétit mais sans bande de tolérance produit un reporting qui énonce un chiffre sans dire qu’en faire.
Qu’est-ce que la capacité de risque, et en quoi diffère-t-elle de l’appétit ?
La capacité de risque est le maximum qu’un établissement pourrait absorber avant de franchir un minimum réglementaire ou de perdre la capacité de se financer. C’est une propriété du bilan plutôt qu’un choix, elle se calcule, et elle évolue avec le capital, la liquidité ou le profil de risque. L’appétit pour le risque est le niveau que l’établissement choisit de porter à l’intérieur de cette capacité, et l’écart entre les deux est le coussin délibéré que le conseil conserve pour qu’une erreur reste survivable. La distinction importe parce que les seuils d’appétit sont censés se déduire de la capacité : un dispositif qui ne calcule jamais la capacité peut rester cohérent en interne, mais chacun de ses chiffres n’est ancré à rien.
Les limites de risque équivalent-elles à l’appétit pour le risque ?
Non, et les confondre constitue l’erreur pratique la plus fréquente en la matière. Les limites sont ce qu’une ligne d’activité, un portefeuille ou un desk est autorisé à faire — les instruments par lesquels l’appétit atteint ceux qui prennent réellement le risque. Dans la plupart des établissements, le recueil de limites précède la déclaration d’appétit et a été fixé pour des raisons opérationnelles : la taille d’un desk, la contrainte d’un système, une négociation ancienne. Additionnées, les limites décrivent le risque que l’établissement a autorisé plutôt que celui qu’il a choisi. L’épreuve peu coûteuse consiste à additionner les limites distribuées pour un risque significatif et à comparer le total à l’appétit qu’elles sont censées exprimer ; les deux n’ont généralement jamais été rapprochés.
Dans quel ordre fixer capacité, appétit, tolérance et limites ?
La capacité d’abord, puis l’appétit, puis la tolérance, puis les limites — et cet ordre est structurel plutôt qu’affaire de préférence, car chaque terme se déduit du précédent. La capacité se calcule à partir de la position de capital et de liquidité. L’appétit se choisit à l’intérieur de la capacité, marge énoncée. La tolérance se fixe autour de l’appétit, assez large pour qu’un mouvement ordinaire ne déclenche pas une réunion, assez étroite pour qu’une dérive réelle le fasse. Les limites se découpent dans l’appétit et se distribuent, puis se rapprochent vers le haut afin que la somme des parties soit comparée au tout. Les dispositifs qui partent du recueil de limites existant aboutissent à une déclaration d’appétit rétro-conçue à partir de décisions prises des années plus tôt pour des raisons étrangères à la stratégie.
Le programme derrière cet article
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